Peinture et Cinéma, Lust For Life (1955)
Lundi 23 mars2009Minnelli est toujours parvenu à transmettre l’onirisme inhérent des peintures des grands maîtres (la fin de AMERICAN IN PARIS est un hommage direct à Lautrec, l’utilisation du Cinémascope dans les landes pro-filmique de BRIGADOON rappelle Turner et GIGI dont chaque décors et accessoires appartiennent à des études drastiques sur le monde de Renoir). Il restitue dans ce film tout le paroxysme hallucinatoire de l’oeuvre de Van Gogh. Si un film sur un grand homme de peinture doit à tout prix parler et montrer de la peinture, il peut aussi utiliser son univers visuel non seulement comme simple évocation mais aussi comme cadre visuel spatio-temporel du film même. C’est ce que réussit magnifiquement Minnelli (beaucoup moins convaincant dans le DREAMS d’Akira Kurosawa) reconstituant à l’aide de son décorateur les lieux exacts de la vie du peintre à l’aide des propres tableaux de ce dernier. Le café d’Arles devient un microcosme humain crédible bien que connoté, et les corbeaux noirs sur les diurnes champs de blé de Provence se transforment en métaphore fulgurante de l’irruption du dérèglement mental de l’homme en proies à ses propres démons.
De part la vie et les troubles mentaux du peintre, seuls les mélodrames flamboyants des années cinquante détenaient la puissance visuelle obligatoire à une telle entreprise. Comme la plupart des héros tourmentés des années cinquante (De Minnelli à Kazan en passant par Sirk) les personnages masculins sont des enragés et des révolutionnaires parias qui ne font que réagir au conformisme puritain des années cinquante. Cette notification apparaît primordiale à la puissance émotionnelle se dégageant de LUST FOR LIFE. Bon nombre des dernières toiles du maître évoque les abysses de la folie dans laquelle le désespoir et l’échec avaient conduit l’homme et l’interprétation paroxystique et néanmoins remarquablement humaine de Kirk Douglas renforcent les apparitions des vraies toiles du peintre.
En effet, LUST FOR LIFE relève un défi (remarquablement osée pour l’époque, après Albert Lewin dans THE PRIVATE AFFAIR OF BEL AMI) d’utiliser les toiles de Van Gogh comme paysage mental du personnage principal et éclaire par conséquent: la sensibilité et la psychologie du personnage (dans l’évolution narrative du long métrage tout comme dans la véritable de l’homme). L’apparition du printemps dans le film inspire au cinéaste non seulement un souffle lyrique somptueux mais aussi l’utilisation d’insert des vraies toiles du maître. Les arbres, les visages et les couleurs sont captés dans un Technicolor somptueux avant d’être immortalisé par le génie de Van Gogh lui-même. Peinture et cinéma se rejoignent pour ne former qu’un tout, une splendide unité au service de la complexité et de la grandeur de la nature humaine.


